ELN

Fonctionnalités d'un cahier électronique de laboratoire : guide complet

Créé le 18 décembre 2025 Dernière mise à jour le 26 janvier 2026

le 16 Juin de 14h à 15h

technicien qui utilise un cahier électronique de laboratoire sur tablette

Saviez-vous que près de 50 % du temps de travail en laboratoire est consacré à des tâches non directement scientifiques, comme la recherche d’informations et la mise en forme de documents ?

À force, chaque étape et chaque activité finissent par se disperser entre papier, fichiers, emails et outils annexes, ce qui complique les recherches et fragilise la traçabilité.

C’est précisément pour remettre de l’ordre et faciliter l’utilisation au quotidien qu’un cahier électronique de laboratoire (ELN) trouve sa place : cet article passe en revue ses principales fonctionnalités, celles qui transforment un simple support de saisie en solution opérationnelle pour les équipes scientifiques.

Qu’est-ce qu’un cahier électronique de laboratoire (ELN) ?

Le cahier de laboratoire électronique (ELN ou CLE en français) est un logiciel qui reproduit l’interface d’une page de cahier de labo papier.

Il est destiné à documenter les activités expérimentales et à conserver un registre de preuves : expérience, données, contexte, calculs, décisions et validations associées. Il structure l’information de manière à pouvoir retrouver, comprendre et justifier un résultat, y compris a posteriori.

Conçu pour les scientifiques, les chercheurs et les industriels de divers secteurs, l'ELN permet une documentation détaillée des expériences, une collecte de données structurée, une collaboration en temps réel et un stockage sécurisé des données. Grâce à sa conception modulaire, le cahier électronique R&D s'adapte à tout projet de recherche, des sciences de la vie à la recherche et au développement industriels, et évolue en fonction de vos besoins. Documentation des expériences, suivi des résultats, gestion de la conformité : l'outil ELN centralise toutes les informations.

Quelle est la différence entre ELN et LIMS ?

Il est souvent confondu avec le LIMS (système de gestion de l’information en laboratoire).
Un LIMS sert à piloter le cycle de vie des échantillons et des analyses (demandes d’essais, planification, statuts, résultats, traçabilité, rapports, parfois libération). Un ELN sert à documenter le travail expérimental (protocoles, étapes, observations, données brutes et calculs) et à conserver un dossier complet et traçable de l’expérience, souvent en complément du LIMS.

Pourquoi les fonctionnalités d’un ELN sont essentielles ?

Les cahiers électroniques offrent plusieurs avantages par rapport aux cahiers papier traditionnels, notamment :

  • 1

    Traçabilité complète jusqu’à la donnée brute

    Retrouver la donnée brute (chromato, spectre, fichier instrument, etc.) associée au bon échantillon, au bon lot, au bon protocole : le jour où un résultat est contesté (interne, client, audit), le point clé n’est pas le rapport final : c’est la capacité à remonter au brut, aux paramètres, à l’auteur, à l’horodatage, aux modifications et à la revue.

  • 2

    Intégrité et fiabilité des données selon les principes ALCOA+

    Assurer la sécurité et l’intégrité des données (logique ALCOA+ : attribuable, lisible, contemporain, original, exact…).

  • 3

    Maîtrise des versions de méthodes et des SOP

    Verrouiller la bonne version de méthode/SOP utilisée le jour J : quand une méthode évolue, le laboratoire doit démontrer quelle version a été utilisée, à quelle date, et sur quelle base les ajustements ont été décidés.

  • 4

    Continuité scientifique et capitalisation des savoirs

    Quand une équipe change, l’enjeu est la continuité : retrouver une expérience, comprendre ce qui a été réalisé, et reproduire sans dépendre de la mémoire individuelle.

  • 5

    Référentiel unique au cœur d’un écosystème hétérogène

    Quand plusieurs systèmes coexistent, l’ELN sert de point d’ancrage : il évite les divergences entre fichiers, exports et ressaisies, à condition de gérer correctement les liens entre objets (échantillons, lots, instruments, résultats).

  • 6

    Processus de revue structuré et traçable

    Gérer la revue : analyste → relecteur → QA, avec motifs, commentaires, refus, reprise ;

Les cahiers de laboratoire électroniques (CLE) aident ainsi les chercheurs à éviter les écritures illisibles, garantissant ainsi une documentation claire des détails expérimentaux. Cette clarté est essentielle à l'analyse et à l'interprétation des données, réduisant les risques d'erreurs ou de mauvaise interprétation. 

Ils créent un environnement de recherche collaboratif en facilitant le partage des données et de la documentation entre les chercheurs. Ceci est particulièrement important pour les projets de grande envergure ou les collaborations multi-institutionnelles où le partage des données et la communication sont des facteurs clés de succès.

Les fonctionnalités indispensables d’un cahier électronique de laboratoire

1. Centralisation, partage et fiabilisation des données

L’outil ELN vous permet d’optimiser la gestion de vos projets et de vos expériences sous forme d’arborescence.

Un ELN orienté laboratoire permet d’organiser l’information selon une logique de travail et de preuve, par exemple : Projet → Série → Échantillon → Run instrument → Résultat → Revue. Cette structuration doit s’appuyer sur des nomenclatures et métadonnées cohérentes : matrice, lot de réactif/standard, instrument, méthode, version de méthode, opérateur, site, conditions opératoires.

Schématisez vos molécules, associez documentation, images, et fichiers PDF, et effectuez des modifications en un seul clic. Il garde aussi l’historique des versions pour suivre facilement les changements.

 

2. Création et gestion structurée des expériences

Les modèles d’expériences servent à standardiser la capture d’informations et à réduire les omissions. En laboratoire, les templates typiques couvrent notamment : stabilité, transfert de méthode, étude de comparabilité, qualification de réactif/standard, essai de formulation, screening.

Un ELN utile permet de définir des champs obligatoires qui “ferment” les zones de flou : conditions, unités, critères d’acceptation, paramètres instrument, pièces jointes attendues. Limitez ainsi les dossiers expérimentaux incomplets qui deviennent problématiques au moment de la revue ou d’un audit.

 

3. Traçabilité et audit trail

Un audit trail doit être conçu pour l’usage qualité, pas uniquement pour “tracer des événements”. Points attendus en contexte laboratoire :

  • horodatage et attribution de chaque action ;
  • distinction correction / amendement avec motif documenté ;
  • historique des versions sur les objets structurants (expérience, protocole, résultat, pièce jointe) ;
  • capacité à filtrer l’audit trail par objet (échantillon, résultat, protocole) ;
  • possibilité de revue d’audit trail (notamment en contexte régulé) avec trace de revue.

Le but est de pouvoir expliquer une évolution de données sans ambiguïté, avec justification et chaîne de responsabilité.

4. Signature électronique conforme

La signature électronique répond aux exigences des normes comme la 21 CFR Part 11 ou l’ISO, ce qui permet de valider une expérience de manière officielle.
Elle remplace la signature manuscrite tout en garantissant l’intégrité du contenu.

Dans les environnements régulés, la signature doit rester liée au contenu signé, et la gestion des rôles / accès doit empêcher les contournements (auto-approbation, modifications post-approbation non tracées, etc.).

 

5. Collaboration en temps réel

Plusieurs personnes peuvent travailler sur la même expérience en même temps, même si elles ne sont pas sur le même site. Cela facilite le partage d’informations et réduit les échanges dispersés par email ou documents papier.

 

6. Recherche avancée

La recherche par mots-clés, métadonnées, réactifs ou résultats permet de retrouver une information en quelques secondes.
C’est l’une des fonctionnalités les plus demandées, car elle évite de perdre du temps à parcourir des dossiers ou des notes papier.

 

7. Gestion des protocoles et des modèles

Le protocole doit être versionné et relié aux expériences. De plus, un protocole mis à jour ne doit pas réécrire le passé. L’ELN doit donc permettre d’identifier la version applicable au moment de l’exécution et de conserver le lien entre la version de méthode et les résultats produits.

 

2 fonctionnalités avancées qui différencient un ELN moderne

  • 1

    Automatisation des workflows : la fin des tâches mécaniques

    L’automatisation pertinente en laboratoire est celle qui réduit les ruptures de processus et sécurise la chaîne de revue. Règles typiques :

    • si résultat hors spécification → création d’un enregistrement de déviation + assignation QA ;
    • si protocole modifié → déclenchement d’un change control + notification des personnes concernées ;
    • si réactif arrive à péremption → alerte + blocage d’usage selon criticité ;
    • si instrument non calibré → blocage de saisie/validation ou alerte bloquante selon règles.

    L’objectif n’est pas d’automatiser “pour automatiser”, mais de rendre le processus robuste et homogène.

  • 2

    Intégration LIMS / ERP : un écosystème enfin connecté

    Dans un SI de laboratoire, les intégrations les plus fréquentes concernent :

    • QMS (déviations, CAPA, change control) ;
    • CDS/SDMS (données instrument, bruts et métadonnées) ;
    • ERP (stocks, lots, consommations, approvisionnements) ;
    • LIMS (échantillons, demandes d’essais, statuts, libération).


    Les intégrations au cahier numérique de laboratoire permettent :

    • d’envoyer automatiquement un résultat d’instrument vers le LIMS, puis vers l’ELN, sans double saisie,
    • de mettre à jour l’inventaire dans l’ERP chaque fois qu’un réactif est utilisé,
    • de préremplir une expérience dans l’ELN dès qu’un test est créé dans le LIMS.

Quels types de laboratoires peuvent bénéficier d’un cahier numérique ? 

side-view-female-researcher-laboratory

Laboratoires de Recherche & Développement

fIls y gagnent une structuration des essais (projets, séries, itérations), la capitalisation des connaissances, le suivi des versions de protocoles et la collaboration entre équipes ou sites. Les templates et la recherche avancée deviennent rapidement centraux pour éviter la perte d’information et accélérer la reproductibilité.

Laboratoires de contrôle qualité

Ils bénéficient surtout des circuits de revue, de la traçabilité fine, de l’alignement méthode/version-résultat, et d’une meilleure préparation aux audits. L’ELN complète souvent un LIMS : le LIMS pilote les échantillons et statuts, l’ELN consolide le “dossier” expérimental et les éléments de preuve.

technologist-specialist-with-protective-mask-hairnet-holding-clipboard-checklist-writing-production-results-min-1
team-min

Laboratoires prestataires d’analyses et multi-clients

Ils ont besoin de cloisonner les données par client/projet, de maîtriser les accès, et de produire des dossiers complets rapidement en cas de contestation ou d’audit. La recherche, l’export et la portabilité prennent ici une importance particulière. 

Comment choisir un ELN : critères simples et concrets

Une approche structurée est essentielle à la mise en œuvre efficace des cahiers de laboratoire électroniques (CLE). Cela implique de définir des critères de sélection précis, adaptés aux besoins spécifiques de votre laboratoire. Ainsi, vous pourrez filtrer et évaluer plus efficacement les CLE disponibles et choisir une solution qui s'intègre à vos systèmes et flux de travail existants.

Critères de sélection

Définir des critères de sélection clairs est essentiel pour évaluer les différents cahiers de laboratoire électroniques (CLE). Il est nécessaire d'évaluer la compatibilité du CLE avec vos formats de données existants et son intégration aisée avec les systèmes de laboratoire actuels. L'évaluation du support client et des formations proposés par le fournisseur du CLE peut également avoir un impact considérable sur l'adoption et la satisfaction des utilisateurs. Prenez en compte les besoins spécifiques de votre établissement de recherche, tels que la collecte de données, les exigences réglementaires et les procédures opérationnelles standard.

 

Tests d'utilisabilité

Les tests d'utilisabilité constituent une étape essentielle du processus. Les tests en situation réelle garantissent l'intégration du cahier de laboratoire électronique (ELN) aux opérations de laboratoire existantes et sa capacité à répondre aux besoins pratiques des chercheurs. Il est recommandé de tester les ELN en parallèle avec des cahiers de laboratoire physiques afin d'éviter toute perte de données pendant la phase de test. Les retours des utilisateurs lors de cette phase d'introduction sont cruciaux pour identifier les problèmes d'intégration et apporter les ajustements nécessaires.

Les tests doivent être conduits sur des scénarios représentatifs :

  • création d’une série d’essais à partir d’un template, avec champs obligatoires ;
  • import d’un brut instrument + vérification des métadonnées + gel du fichier source ;
  • revue multi-rôles avec commentaires, refus, reprise, approbation ;
  • recherche par ID échantillon / lot / méthode / plage de résultats ;
  • export et vérification de la capacité à reconstruire un dossier complet.

De plus, recueillir les commentaires de toutes les parties prenantes concernées lors des tests d'utilisabilité garantit que le cahier de laboratoire électronique (CLE) choisi répond aux besoins de l'ensemble du personne.